jeudi 31 octobre 2013

Germinie Lacerteux - Les Frères Goncourt.


Le 23 Octobre 1864, dans leur journal, les frères Goncourt hésitent, puis décident de supprimer de leur roman Germinie Lacerteux, le passage suivant qui concerne la césarienne...

Auprès de la cheminée, deux jeunes élèves sages-femmes causaient à 
demi-voix. Germinie écouta, et avec l'acuité des sens des malades, en- 
tendit tout. L'une des élèves disait à l'autre : 

 Cette malheureuse naine ! Sais-tu de qui elle était grosse ? de l'hercule 
de la baraque,  on la montrait ! 

 Juge...Nous étions  toutes dans l'amphithéâtre... Il y avait un monde 
fou... des étudiants en masse... On avait bouché le jour des fenêtres... 
C'était éclairé par un réflecteur pour mieux voir... Des matelas avaient 
été posés en largeur sur la table de l'amphithéâtre... On faisait une 
grande place sur laquelle le réflecteur donnait... Auprès, une table et 
tous les instruments de chirurgie... Et puis à côté, de grandes terrines 
avec des éponges grosses comme la tête... 

M. Dubois est entré, suivi de tout son état-major. Il était tout chose, 
M. Dubois... Alors, voici un paquet qu'on apporte comme un paquet de 
linge, et qu'on pose sur les matelas : c'était la naine... Ah ! l'affreuse cré- 
ature... Figure-toi une vilaine tête d'homme brun sur un énorme corps 
tout blanc : ça avait l'air de ces grosses araignées, tu sais d'automne... 
M. Dubois l'a un peu exhortée... Elle n'avait pas l'air de comprendre... 
Et puis, il a tiré de sa poche deux ou trois morceaux de sucre, qu'il a 
posés, a côté d'elle sur le matelas. 

Alors on a jeté une serviette sur sa tête pour qu'elle ne se voie pas, 
pendant que deux internes lui tenaient les bras, et lui partaient... M. Du- 
bois a pris un scapel, il lui a fait, comme ça, une raie sur tout le ventre, 
du nombril en bas... la peau tendue s'est divisée... On a vu les aponé- 
vroses bleues comme chez les lapins qu'on dépiaute. Il a donné un second 
coup qui a coupé les chairs... le ventre est devenu tout rouge... un troi- 
sième. .. A ce moment, ma chère, ont disparu les mains à M. Dubois... 
Il farfouillait là-dedans... Il a retiré l'enfant... Alors... Ah ! tiens, ça 
c'était plus horrible que tout... J'ai fermé les yeux... on lui a mis les 
grosses éponges... elles entraient toutes, toutes... On ne les voyait plus !.. 
Et puis quand on les retirait, c'était comme un poisson qu'on vide... 
un trou ma chère. Enfin on l'a recousue, on a noué tout cela avec du fil 
et des épingles... Ça ne fait rien je t'assure que je vivrais cent ans, je 
n'oublierai pas ce que c'est qu'une opération césarienne.  Et comment 
va-t-elle, cette pauvre diablesse, ce soir ? demanda l'autre.  Pas mal... 
Mais tu verras, elle n'aura pas plus de chance que les autres... Dans deux 
ou trois jours, le tétanos va la prendre.. .On lui desserrera les dents, pour 
commencer, avec une lame de couteau... et puis il faudra les lui casser, 
pour la faire boire. 


1 commentaire:

  1. c'est effrayant, on comprends que les jeunes mariées de ces "époques" avait une grand'peur d'etre enceinte !

    RépondreSupprimer