lundi 19 décembre 2011

Rosalie Prudent - Maupassant 1886 - (2)




Le président essaya encore une fois de la faire parler, d'obtenir des aveux, et l'ayant sollicitée avec une grande douceur, lui fit enfin comprendre que tous ces hommes réunis pour la juger ne voulaient point sa mort et pouvaient même la plaindre.
Alors elle se décida.
Il demandait : «Voyons, dites-nous d'abord quel est le père de cet enfant ?»
Jusque-là elle l'avait caché obstinément.
Elle répondit soudain, en regardant ses maîtres qui venaient de la calomnier avec rage.
—C'est M. Joseph, le neveu à M. Varambot.
Les deux époux eurent un sursaut et crièrent en même temps : «C'est faux ! Elle ment. C'est une infamie.»
Le président les fit taire et reprit : «Continuez, je vous prie, et dites-nous comment cela est arrivé.»
Alors elle se mit brusquement à parler avec abondance, soulageant son cœur fermé, son pauvre cœur solitaire et broyé, vidant son chagrin, tout son chagrin maintenant devant ces hommes sévères qu'elle avait pris jusque-là pour des ennemis et des juges inflexibles.
—Oui, c'est M. Joseph Varambot, quand il est venu en congé l'an dernier.
—Qu'est-ce qu'il fait, M. Joseph Varambot ?
—Il est sous-officier d'artilleurs, m'sieu. Donc il resta deux mois à la maison. Deux mois d'été. Moi, je ne pensais à rien quand il s'est mis à me regarder, et puis à me dire des flatteries, et puis à me cajoler tant que le jour durait. Moi, je me suis laissé prendre, m'sieu...

A suivre...


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