lundi 7 février 2011

La femme en bleu.


Je t'avais pro­bablement entrevue l'instant d'avant, mais ce n'est qu'après coup que je ressentais l'onde de choc de ta beauté cachée dans ce petit rectangle entoilé où tu n'en finis pas de relire la lettre de cet imbécile qui t'a mise enceinte avant d'aller faire la guerre en Artois. C'est une matinée fraîche. Le lait chaud fume dans le bol de faïence que ta fille aînée tient à deux mains, à l'autre bout de la table. Elle t'écoute. Elle est bien. Derrière elle, un soleil atténué filtre au carreau pour lui chauffer la nuque. Il souligne à peine la douceur irréelle de ton front d'Adjani. Voyeur confus de ton intimité, je ressens comme une douleur le calme indescriptible et surhumain qui irradie de toi .

La femme en bleu de Vermeer vue par Pierre Desproges.

2 commentaires:

  1. C'est beau ! J'ai lu dans un numéro récent d'Art Magazine, consacré aux Vermeer que cette jeune femme n'est peut-être (probablement ?) pas enceinte, mais tout simplement vêtue à la mode de son époque. Peu importe, un tel tableau permet de rêver, d'imaginer, de projeter. De l'art, quoi !
    Bises lulu

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  2. J'allais dire merci, mais j'y suis pour rien ;-)
    C’est en effet bien possible qu'elle ne soit pas enceinte… Comment savoir ? C’est vrai que peu importe la vérité d’un tableau, elle est souvent anecdotique, la seule vérité est celle que l’esprit raconte au travers du regard qui s’attarde. C’est la liberté absolue de l’émotion en Art au-delà de toute didactique. Apprendre l’Art c’est formidable, mais écrire à la Desproges sur une toile en frissonnant à l’idée d’une lettre dont on ne connaitra jamais le contenu, c’est une manière de peinture pour les nuls qui me va bien.
    Bises

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